« Nul ne devrait jamais travailler. Le travail est la source de toute misère, ou
presque, dans ce monde. Tous les maux qui se peuvent nommer proviennent de ce que l'on travaille – ou de ce que l'on vit dans un monde voué au travail. Si nous voulons cesser de souffrir, il nous
faut arrêter de travailler.Cela ne signifie nullement que nous devrions arrêter de nous activer. Cela implique surtout d'avoir à créer un nouveau mode de vie fondé sur le jeu ; en d'autres mots, une révolution ludqiue. »
Petit livre vite lu et fort distrayant. Je l'ai trouvé fort drôle. Bob Blake nous livre un pamphlet contre le travail, trés frais, même enjoué pourrait-on dire. Bob Black s'essayait (livre publié il y a dix ans) à une critique qui a été totalement anéantie par la pensée standardisée de notre époque.
Est-il légitime de travailler ? C'est un thème qui a pourtant été largement abordé dans les romans de SF dans son age d'or. Les sociétés automatisées devaient permettre à l'homme de s'affranchir du travail. La SF refletant les idées de son temps, il n'est pas idiot de penser que l'idéal d'une partie de la société était de supprimer le travail.
"Le travail institue donc l'homicide comme mode de vie"
De même, la publicité, plus terre à terre tape aussi sur l'idée du travail merveilleux. De nombreux produits mettent en avant l'avantage de ne pas faire d'effort. La lessive sans frotter, la peinture à une couche, la cuisine en 3 minutes sans rien faire. Tout ce qui est travail ménager est à abolie dans ce monde publicitaire. Regardez le télé-achat. La moindre tache ménagère devient un jeu et non plus un travail. Il est plaisant de passer le nettoie-vapeur, l'aspirateur sans sac.
Alors, non, le travail n'est pas cette valeur absolue qu'on ne peut contester. Et Bob Black renverse la statue de belle manière. Il est jouissif de lire ces phrases impertinentes qui massacre le mythe.
"Le travail est un meurte de masse, un génocide"
Derrière le coté ludique, ce livre n'est pas exempt de défauts. Cette critique sur Geocities en montre les limites. La nature humaine est-elle vraiment adaptée à l'abolition du travail au fond ? Ceci est moins sur. Néanmoins, ce livre reste une critique sociale du travail trés bien ficelée. Il donne des clefs qui permettent de combattre le travail avilissant et de faire tomber des barrières idéologiques permettant l'exploitation de l'homme par l'homme.
En voici quelques exemples :
Sur la discipline
La déchéance que connaît au boulot l'écrasante majorité des travailleurs naît d'une variété infinie d'humiliations, qu'on peut désigner globalement du nom de "discipline". Des gens comme
Foucault ont analysé de manière complexe ce phénomène, alors qu'il est fort simple.
La discipline est constituée de la totalité des contrôles coercitifs qui s'exercent sur le lieu de travail: surveillance, exécution machinale des tâches, rythmes de travail imposés, quotas de
production, pointeuses, etc. La discipline est ce que le magasin, l'usine et le bureau ont en commun avec la prison, l'école et l'hôpital psychiatrique.
Une telle horreur n'a pas d'exemple dans l'histoire préindustrielle. Elle dépasse les capacités de nuisance dont jouissaient des tyrans tels que Néron, Gengis Khan ou Ivan le Terrible. Aussi néfastes et malveillants qu'ils fussent, ces oppresseurs ne disposaient pas des moyens raffinés de domination dont profite le despotisme actuel. La discipline est par excellence le mode de contrôle moderne, aussi artificiel que pernicieux. Elle est à prohiber sans complaisance dans la société humaine, dès que s'en présentera l'occasion, et dans tous ses aspects.
Sur l'esclavage volontaire
Les employés, enrégimentés toute leur vie, happés par le travail au sortir de l'école et mis entre parenthèses par leur famille à l'âge préscolaire puis à celui de l'hospice, sont accoutumés
à la hiérarchie et psychologiquement réduits en esclavage. Leur aptitude à l'autonomie est si atrophiée que leur peur de la liberté est la moins irrationnelle de leurs nombreuses
phobies.
L'art de l'obéissance, qu'ils pratiquent avec tant de zèle au travail, ils le transmettent dans les familles qu'ils fondent, reproduisant ainsi le système en toutes façons et propagent sous toutes ses formes le conformisme culturel, politique et moral. Dès lors qu'on a vidé, par le travail, les êtres humains de toute vitalité, ils se soumettent volontiers et en tout à la hiérarchie et aux décisions des experts. Ils ont pris le pli.
Alors ce livre ne vous conduira pas à revendiquer le non travail mais bien à travailler dans de meilleures conditions. Et surtout à ne plus accepter cette petite idée bien installée dans la ligne "managériale" qu'il faut souffrir un peu pour bien travailler (il est moderne de bouger les lignes mais si vous voulez vraiment être moderne, faites-le à la méthode du philosophe chuck Norris)



Pourquoi y a-t-il du chômage ? Parce que les salariés
en veulent toujours trop... parce qu'ils recherchent la sécurité, la rente et se complaisent dans l'assistanat... parce qu'ils sont roublards, paresseux, primesautiers et méchants, etc. Voilà ce
que racontent, en termes certes plus choisis, et avec force démonstrations mathématiques, les théories " scientifiques " élaborées par les économistes du travail.
Rédigé dans une langue claire et accessible et illustré par
Charb, cet ouvrage constitue une véritable initiation à la pensée critique, plus que jamais indispensable à quiconque veut assurer son autodéfense intellectuelle.
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