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Ces personnes en grande précarité sont les plus vulnérables car seules face à des patrons vraiment voyous. Ces personnes sont
seules dans leurs entreprises. Ce sont des esclaves modernes.
Fini les discours, aidez-les financièrement et humainement. Surtout cet été.
Vous les trouverez ici
Entrez dans la vraie vie avec du cœur.
Depuis 58 jours, depuis le 2 mai, à l’initiative de la Coordination sans-papiers 75, environ 800 personnes (hommes, femmes, enfants) occupent la Bourse du travail de la rue Charlot
(République) à Paris.
Quelque chose de nouveau est en train de se passer dans ce haut lieu historique des luttes des travailleurs de France. L’occupation s’est faite d’une manière autonome, contre tous « conseils» et
recommandations des grandes organisations syndicales et politiques, et elle tient bon.
Au-delà des circonstances, des motifs particuliers qui ont poussé ces travailleurs sans-papiers, ce qu’il faut saisir c’est la nouveauté de leur position. Par le nombre de ses participants, par
sa durée, par le lieu où elle se déroule, cette action se dépasse désormais elle-même. Elle dépasse le fait brut, les individualités, et s’inscrit dans quelque chose de plus fondamental et
d’essentiel.
Ce qui est désormais mis à l’ordre du jour, par ce mouvement, c’est bel et bien la question des conditions d’une victoire réelle, non illusoire. Le message des sans-papiers est clair et net,
seuls ceux qui ne veulent pas comprendre ne le comprennent pas. Parmi ces conditions, celle d’en finir une fois pour toutes avec leur infantilisation orchestrée, celle d’un mouvement autonome
d’ensemble. On est des hommes et des femmes debout, responsables et capables de prendre en mains notre mouvement, on a notre dignité : voilà ce que veut dire, ce que continue de dire l’action de
ces travailleurs sans-papiers.
Après une médiatisation initiale due aux circonstances de l’occupation, le silence a vite jeté son voile sur ces voix d’opprimés qui s’élevaient. Alors que la publicité et l’information sont
essentielles à l’organisation, à la conscience, à l’extension, à la mobilisation, à l’unité du mouvement. C’est pour fournir un instrument de la nécessaire publicité que le Quotidien des
sans-papiers entreprend, avec ce numéro spécial, de donner la parole aux Sans-papiers isolés de la Bourse du travail, de donner à leur expression la forme écrite pour qu’elle se propage et
dure.
Le souhait est que ce premier numéro jette les bases d’une véritable édition spéciale, capable de vivre et de faire vivre l’information dans le temps.
La coordination sans-papiers 75 existe depuis douze ans et a toujours eu des formes de soutien et de collaboration avec la CGT. Elle a notamment et, de manière autonome, soutenu et participé aux
piquets de grève devant les entreprises dès le début du mouvement de grèves des travailleurs sans-papiers lancé par la CGT le 15 avril dernier.
Dès le commencement de ce mouvement, il y a eu plusieurs réunions avec la CGT pour lui expliquer la situation particulière des travailleurs sans-papiers isolés, dont est essentiellement formée la
coordination. Ces travailleurs se trouvent à un ou deux dans leurs boîtes et ne peuvent pas, de ce fait, se mettre en grève, puisqu’il n’y a pas de représentation syndicale. Pas moyen de se faire
entendre là-dessus.
Il faut expliquer ceci : pour pouvoir participer aux piquets de grève, on doit rester à l’intérieur de la branche de métier. Par exemple, un travailleur de la restauration pourra aller se joindre
à un piquet de grève dans une autre boîte de restauration.
Sinon, c’est considéré comme une violation de domicile et le travailleur sans-papiers sera susceptible d’être arrêté et interné au centre de rétention. Pour mettre cette pression, la coordination
souhaitait donc rejoindre les piquets de grèves de la CGT – ce que nous avons d’ailleurs fait, de façon autonome, en envoyant des délégations de travailleurs sans-papiers isolés aux piquets de
grève en cours. La CGT n’a pas été d’accord avec notre souhait, et nous a par contre invités à monter nous mêmes nos piquets de grève dans nos boîtes, ce qui n’est pas possible pour les raisons
évoquées.
Conclusion de tout cela, nous nous sommes sentis trahis. Le mot est peut-être un peu fort, mais c’est bien là notre sentiment.
DÉCISION D’OCCUPER LA BOURSE DU TRAVAIL
Ensuite, à l’occasion du rassemblement hebdomadaire habituel de la coordination 75, place du Châtelet, le vendredi 25 avril nous avons averti l’officier de liaison de la préfecture que le 30
avril nous déposerions mille dossiers groupés (de travailleurs sans-papiers isolés de la coordination), ainsi que ç’avait été le cas pour les mille de la CGT après leur rencontre du 21 au
ministère. Le 30 nous nous sommes donc présentés à la préfecture et avons été reçus par le sous-directeur de l’administration des étrangers. Voilà ce qu’il nous a dit : que la préfecture
n’acceptait pas de dépôt de dossiers groupés ; que, pour des régularisations dans le cadre du travail, il fallait nous adresser aux CRE, centres de réception des étrangers (il y en a deux à Paris
dans des commissariats), où, de toute façon, les dossiers n’étaient acceptés qu’individuellement. Ce à quoi le délégué Sissoko a objecté que c’était bel et bien de la discrimination, puisque les
mille dossiers de la CGT avaient été acceptés groupés, et non dans les commissariats mais bien à la préfecture de la Cité. Le fonctionnaire a répondu que c’étaient les ordres reçus du ministère,
que ces ordres ne concernaient que les dossiers de la CGT, et que donc il fallait nous adresser directement au ministère ou bien à la CGT, si nous voulions présenter nos dossiers groupés. Le
premier mai nous avons participé massivement à la manifestation. Sur les 1500 manifestants sans-papiers, un tiers étaient de la coordination 75. Mais nous n’avons pas parlé de nos dossiers avec
la CGT.
Le 2 mai, finalement, nous avons pris la décision d’occuper la Bourse du travail, et ceci afin de mettre la pression sur la cgt même, de lui faire accepter de prendre en charge également nos
dossiers. Ceci a un sens bien précis : faire cesser cette « immigration choisie » dont on se rend complice dans le monde même du travail, en établissant une différence de fond entre travailleurs
sanspapiers non isolés et travailleurs sans-papiers isolés. Le choix de la Bourse du travail a été le choix le plus logique pour nous. C’est ici un haut lieu historique de représentation des
intérêts de tous les travailleurs. C’est l’endroit à plus forte charge symbolique. Il nous est par ailleurs beaucoup plus facile de parler avec les syndicats qu’avec le ministère de
l’immigration. Parmi les syndicats, la CGT a, depuis douze ans, toujours soutenu, dans les faits aussi bien que dans ses déclarations publiques, le mouvement de tous les travailleurs
sans-papiers. Ce n’est donc pas la coordination sans-papiers 75 qui se trompe de cible avec l’occupation de la Bourse du travail, ce sont ceux qui prétendent cela qui se trompent
lourdement
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